ÉTUDE DE L'ACTIVITÉ DE LA TYROSINASE
DU CHAMPIGNON DE PARIS PAR COLORIMÉTRIE
Danielle Pichon, lycée Montgrand, Marseille
Yolande Faure, professeur honoraire
L'étude quantitative, par EXAO, de la catalyse enzymatique utilise le plus souvent
l'oxymètre (catalase, glucose-oxydase, par exemple). Avec la tyrosinase, on pratique une
autre approche de l'étude de l'activité enzymatique, car les réactions qu'elle catalyse
produisent des substances colorées : l'étude se fera par colorimétrie.
De plus, l'étude de cette enzyme permet :
- de mieux interpréter certains phénomènes d'observation courante (après les avoir
coupés, le champignon de Paris et la pomme de terre noircissent) ;
- de faire des liens avec certains aspects du métabolisme (elle intervient dans la
synthèse de certains neurotransmetteurs et hormones) ou avec l'expression phénotypique
des gènes (elle intervient dans la synthèse des mélanines).
Enfin, on peut trouver un autre intérêt à cette étude car de nombreuses enzymes
catalysant des réactions colorées sont utilisées dans des tests de dépistage et de
dosage mis à la disposition des consommateurs.
Toutes les expériences et mesures ont été faites avec le colorimètre COLOR 4 et
le logiciel ENZYMO 2.1 de la société Jeulin, en suivant quelques indications fournies
par cette société.
1. QUELQUES INFORMATIONS SUR LA TYROSINASE
Le nom officiel d'une enzyme comporte le type de réaction catalysée, le nom des
substrats impliqués et éventuellement d'autres informations codées. La tyrosinase
appartient au groupe des enzymes oxydo-réductases, son nom est : monophénol,
orthodiphénol : oxygène réductase. On l'appelle aussi tyrosine hydroxylase.
Comme de nombreuses enzymes d'oxydo-réduction, elle présente en son site actif l'ion
cuivre, et nécessite pour fonctionner le NADP réduit.
Elle catalyse les réactions suivantes :
On voit qu'au cours de la réaction du dioxygène est consommé, d'où l'utilisation
d'anti-oxygène pour la conservation de certains aliments.
La formation des mélanines peut être observée si les produits de la réaction sont
conservés et cela d'autant plus vite qu'ils sont maintenus au voisinage de 30 °C. Le
détail des réactions est donné dans la figure 1.
Fig. 1 : Principales étapes de la formation des mélanines
2. PRÉPARATION DE L'EXTRAIT ENZYMATIQUE
Broyer des champignons jeunes ; mélanger à un poids égal d'eau distillée, par
exemple 100 g de champignons dans 100 mL d'eau ; filtrer.
Le filtrat contient l'enzyme ; il peut être conservé plus de 48 heures au
réfrigérateur et beaucoup plus longtemps au congélateur.
Remarque - Il existe de la tyrosinase dans le commerce, mais elle est coûteuse et
difficile à dissoudre.
3. PRÉPARATION DES SOLUTIONS DE TYROSINE (TYROSINE DU COMMERCE)
Solution de base (1g.L-1) : elle est très longue à réaliser car la
tyrosine se dissout mal. Un agitateur magnétique et un léger chauffage sont nécessaires
; ce dernier entraîne une floculation qu'on élimine en filtrant ; on ne connaît donc
pas la concentration exacte de la solution de base.
Solutions utilisées : faire 4 solutions très diluées pour se situer dans les limites
de la loi de Beer-Lambert (concentration inférieure à 10-2 M.L-1).
Si on utilise des concentrations supérieures, on obtient des résultats aberrants. Les
concentrations sont les suivantes : 0,05 , 0,025 , 0,0125 et 0,00625
de la solution de base filtrée.
4. ÉTUDE DE L'INFLUENCE DE LA [S] SUR L'ACTIVITÉ DE LA TYROSINASE
Toutes les mesures sont faites en utilisant la lumière monochromatique de 470 nm de
longueur d'onde.
4.1. Avec le module "transmission et cinétique" du logiciel
4.1.1. Mode opératoire :
Régler le 100 % de transmission avec la solution de base de tyrosine. Choisir une
durée d'acquisition de 6 ou 7 min. Choisir le mode échelonné. Préparer les quatre
cuves en introduisant 3 mL de substrat dans chacune d'entre elles :
- dans la cuve 1 : substrat à 0,05
- dans la cuve 2 : substrat à 0,025
- dans la cuve 3 : substrat à 0,0125
- dans la cuve 4 : substrat à 0,00625
Introduire 0,3 mL d'enzyme dans la cuve 1, agiter, placer la cuve dans le colorimètre,
poser le capuchon, taper sur une touche quelconque et sur la barre espace.
Faire de même avec les cuves 2, 3, et 4.
4.1.2. Résultats
Les résultats obtenus sont figurés ci-dessous :
Fig. 2 : Exemple de résultat en transmission
Fig. 3 : La même expérience, affichée en cinétique
Remarques - En transmission, le début de l'enregistrement est très souvent confus.
En cinétique, on peut faire calculer par le logiciel la pente des courbes, c'est-à-dire
la vitesse initiale de la réaction enzymatique. Elle s'exprime en quantité de produit
formé (u.a.) par min. L'élève peut alors tracer la courbe Vi = f([S]).
4.2. Avec le module "études expérimentales"
Le mode opératoire est le même que précédemment, mais seule la cinétique s'affiche
(voir figure 4).
Fig. 4 : Affichage en cinétique avec le module "études
expérimentales"
On peut obtenir, en fin d'expérience, la courbe Vi =f ([S]) (voir figure 5). Pour cela
il faut renseigner le logiciel sur les concentrations en substrat dans chaque cuve ; on a
inscrit celles-ci sous la forme : 100, 50, 25, 12 ou 13 (on ne peut pas écrire 12,5).
Fig. 5 : Les points calculés et affichés par le logiciel pour la
courbe Vi =f ([S])
5. UTILISATION DE L'HYDROQUINONE COMME SUBSTRAT
| La formule de l'hydroquinone est la suivante : |
 |
La tyrosinase transforme également l'hydroquinone (voir figure 6).
Fig. 6 : Comparaison de l'action de la tyrosinase sur la tyrosine et
l'hydroquinone
L'hydroquinone se transforme spontanément en présence d'oxygène en produit
coloré, mais plus lentement que sous l'action de la tyrosinase ; on peut ainsi voir
l'intérêt des enzymes pour catalyser les réactions métaboliques.
6. INHIBITION DE LA TYROSINASE PAR UN CHÉLATEUR DU CUIVRE
Comme tous les chélateurs, le phénylthiocarbamide (PTC) capte fortement un métal,
ici le cuivre. Il empêche la tyrosinase d'agir car ce métal, situé au niveau du site
actif de l'enzyme, est essentiel à son fonctionnement.
Le PTC, très toxique, est à manipuler avec précaution ; on utilise une solution
saturée (0,03 g de PTC dans 10mL d'eau distillée).
Pour réaliser cette expérience, on peut procéder comme au paragraphe 4.1. On remplit
les cuves 1 et 2 avec 3 mL de tyrosine à 0,05 et les cuves 3 et 4 avec la même
quantité de tyrosine à 0,0125 . On lance la mesure. Après quelques minutes, on
introduit 0,2 mL de solution de PTC dans les cuves 3 et 4 (voir figure 7).
Fig. 7 : Action de la PCT
Remarque - Pour éviter les perturbations visibles sur les enregistrements, dues à
l'ouverture des cuves, on peut réaliser un petit trou dans les capuchons des cuves pour
le passage du cathéter.
On pourra poursuivre cette étude en faisant varier les conditions expérimentales :
température, pH, etc.
Le matériel biologique utilisé est facile à obtenir et à conserver.
BIBLIOGRAPHIE
MERCIER P. - Les mélanocytes sortent de l'ombre, in Biofutur n° 114, 1992
PELMONT J. - Enzymes, Presses universitaires de Grenoble, 1989
WEIL J.-H. - Biochimie générale, Masson, 1994
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